"La grosse bedaine
Nous avions tous un peu bu, l'heure des grands épanchements était arrivée.
Un P.D.G. à grosse tête et grande soif nous a servi l'atroce récit de ses malheurs.
Un jour, il manque de pain (la durée d'un repas) et il se contente de biscottes.
Une nuit de neige, il se lève seul de son lit pourfermer la fenêtre que le vent avait ouverte.
Sans nous laisser le temps de respirer, il nous rappelle l'époque où crânement et par économie, il buvait son whisky dans des verres à eau; celle, en pleine misère, où il a dû garder la même automobile deux ans de suite. Est-ce qu'il s'arrête? Le temps de remplir son verre et il nous avoue que l'an dernier, c'est pas si loin, il lui arrivait de travailler le samedi matin. Et comble, (mais il va nous faire éclater en sanglot!), c'est le voyage en train qu'il fit l'été dernier, dans un train de banlieue, debout, serviette à la main, vingt minutes debout sans fumer et personne ne lui a cédé son siège. (...)" Félix Leclerc
LePetitLivreBleu