Pierre Chaunu inverse la perspective de Michelet, qui voyait dans le XVIIIe "Le Grand Siècle"; seuls leXVIIe et le XIXe inventent, le XVIIIe illustre, accumule et pré-pare.
Le XVIIIe siècle apparaît d'abord aux sources de notre temps. Il prépare dans l'Europe heureuse, c'est-à-dire nombreuse, l'Europe de la communication, partielle-ment déjà alphabétisée, les conditions préalables de la mutation de croissance. Pierre Chaunu propose une méthode d'analyse par étapes successives. La large autonomie des pensées, à un certain degré d'abstraction, commande de ne recourir qu'à bon escient aux va-et-vient interstructurels. Parti de la mutation fonda-mentale du cadre de la vie, saisi au niveau de l'espace et de l'allongement de la vie humaine, Pierre Chaunu aborde la mutation autonome du corpus classique en un corpus bis qui est celui des Lumières. Il suit, en dernier lieu, le retour des pensées sur les choses, l'économie, le cadre de la vie, l'esthétique. L'histoire quantitative effleure désormais, par les analyses de contenu, la sémantique et l'image, l'essentiel qui commande l'économique, non l'inverse, à savoir le mental, l'affectif, l'acquisition et la transmission de la connaissance. L'Europe du XVIIIe siècle est comprise, ici, comme un gigantesque front d'acculturation entre les longues mémoires de la civilisation écrite et le secteur rigide de la transmission traditionnelle par voir-faire et ouï-dire.
La_civilisation_de_l_Europe_des_Lumieres_