Les deux premières séries de contes d'Edgar Poe traduits par Baudelaire avaient été des histoires "extraordinaires". La troisième série (1864) sera composée d'histoire "grotesques et sérieuses". Ce titre demande quelques commentaires.
Sans doute Baudelaire veut-il marquer une nécessaire différence entre Ligéia et Bérénice (où domine la terreur) et la bouffonerie grinçante de L'Ange du Bizarre. De même la rationnalité de La Lettre volée, de la Rue Morgue et du Scarabée d'or, si rigoureuse, si "extraordinaire" qu'elle suscite l'angoisse, devait être distinguée des déductions simplement "sérieuses" du Mystère de Marie Roget. Il convenait en outre d'opposer l'hallucinante Maison Usher, lézardée de toute éternité, à la calme ordonnance apparente du Cottage Landor, qu'il faut en effet lire avec une grande attention si l'on veut en saisir, pour reprendre l'expression de Freud, "l'inquiétante étrangeté".
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