Peut-être la mode en est-elle passée mais, naguère, on avait souvent coutume de marquer d'un trait de crayon sur le chambranle des portes les progrès du fils de la maison. Ces repères le montrent poussant comme un arbre qu'il suffit, en somme, de protéger contre la maladie, les cataclysmes et les intempéries pour qu'il arrive heureusement à maturité.
Ceci vaut pour le corps, mais la croissance de l'âme qui est dedans n'affecte pas une courbe aussi sagement régulière et d'un stade à l'autre, de l'enfance à l'adolescence, il y a des paliers parfois malaisés à escalader. Si Mme Forestier s'emploie toujours avec bonheur à protéger son fils Jacques contre les à-coups de santé; ses soins mêmes le précipiteront au-devant de ceux du cœur en le mettant pensionnaire rue de l'Estrapade chez le professeur Berlin.
Là, son camarade Mahieddine lui fait rencontrer Louise et Germaine, Premières amies, premières amours : Jacques apporte à ce début dans la vie d'adulte un sérieux de novice où il aurait fallu une légèreté égale à celle de ses partenaires pour accomplir sans dommage le saut nécessaire à qui veut aller d'un bord à l'autre du grand écart entre l'âge d'enfant et l'âge d'homme. C'est dans un style très pur que Jean Cocteau raconte cette nouvelle « éducation sentimentale ».
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