Pour la première fois, une interprétation de l’esthétique freudienne qui repose sur une lecture de la totalité du corpus freudien.
Lecture symptomale qui déchiffre le texte freudien comme un compromis lui faisant suggérer que Freud est prisonnier de l’idéologie traditionnelle de l’art, théologique et narcissique. Mais l’auteur de L’Avenir d’une illusion ne pouvait sans une contradiction grossière à la fois démasquer l’illusion théologique et continuer à accepter l’image traditionnelle de l’artiste : celle d’un créateur gratifié par une « bonne nature » de dons privilégiés.
L’attitude de Freud à l’égard de l’artiste répète celle de tout enfant à l’égard du père. À une période de fascination où l’œuvre d’art sert de modèle de compréhension des phénomènes psychiques inconscients, succède le moment du « meurtre » : celui où l’œuvre est traitée comme un symptôme. Le « sublime » obéit aux mêmes lois que le pathologique. Derrière le favori des dieux, Freud découvre alors l’enfant, voire le névrosé.
Texte symptomal, l’œuvre n’est pas une simple représentation symbolique. Représentation et affect sont indissociables. Le texte, compromis entre des forces diverses, est une écriture où le travail d’Eros est en conflit avec celui des pulsions de mort.
On le voit, cette lecture renouvelle l’interprétation de l’esthétique freudienne. Sarah Kofman

L_enfance_de_l_art