Pour échapper à la dépression nerveuse, Laurence a choisi le remède classique : le travail. Sa réussite à l'agence de publicité Publinf ne l'aveugle pas sur la valeur d'un métier assimilable, en somme, à celui de l'illusionniste puisqu'il s'agit d'un tour de passe-passe où une chose est parée d'attraits qui lui sont étrangers par le truchement d'une belle image afin d'allumer la convoitise des chalands.
D'ailleurs, cette mise en condition ne s'applique pas qu'à la vente des objets, la vie entière est soumise à la tyrannie des images, à ceci près que la réalité ne se laisse jamais oublier. Est-ce d'avoir découvert la cruauté du monde à travers ces surimpressions idylliques qui perturbe sa fille Catherine et lui donne des cauchemars ? L'avis général est qu'il faut la guérir de cette « sensiblerie en la confiant à un psychologue pour qu'elle redevienne « normale ».
Mais nos « normes ne sont-elles pas une erreur qui desséchera ce coeur d'enfant et privera Catherine d'espoir, d'enthousiasme, de raisons d'exister... comme elle ? Question angoissante qui résonne de plus en plus fort à mesure que se précipitent les événements dans l'entourage de Laurence : la faillite sentimentale de sa mère, le cynisme de son mari, les changements de cap d'un père dont la fermeté morale lui imposait tant sont les preuves qu'il est temps de réagir pour rendre à l'enfant toutes ses chances de bonheur.
Simone de Beauvoir
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