Le siècle de Louis XV a vécu dans la nostalgie de celui de Louis XIV, et Voltaire n’est pas le seul à se livrer à une réflexion historique sur cette époque glorieuse. Mais son livre est une œuvre de philosophe : son ambition n’est pas de s’attarder au détail des événements, mais de dégager des traits permanents, de donner à comprendre l’esprit de la nation, de définir des lois générales — et finalement d’offrir une réflexion sur l’homme.
La première édition, qui sera ensuite augmentée, paraît en 1751, et pendant de longues années l’écrivain a multiplié les lectures qu’il tient à compléter de témoignages oraux, choses vues et entendues qui rehausseront la vivacité de son texte : ici encore, il prend donc ses distances avec les érudits de profession. Car s’intéresser à l’époque moderne, c’est reconnaître une fonction à l’histoire : celle d’aider les contemporains à comprendre pour agir et peser à leur tour sur le destin du monde. Ce sont donc eux qu’il faut intéresser, et l’écrivain y réussit merveilleusement en mettant au service du métier d’historien son talent de conteur et de dramaturge, mais aussi de causeur spirituel. C’est ce brio qui nous séduit encore : rien ici qui pèse ou qui pose.
Voltaire