Marius, Marcel Pagnol
«... Il y a longtemps que cette envie m'a pris... Bien avant qu'il vienne... J'avais peut-être dix-sept ans... et un matin, là, devant le bar, un grand voilier s'est amarré... C'était un trois-mâts franc qui apportait du bois des Antilles, du bois noir dehors et doré dedans, qui sentait le camphre et le poivre. Il arrivait d'un archipel qui s'appelait les Iles Sous le Vent... J'ai bavardé avec les hommes de l'équipage quand ils venaient s'asseoir ici ; ils m'ont parlé de leur pays, ils m'ont fait boire du rhum de là-bas, du rhum qui était très doux et très poivré. Et puis un soir, ils sont partis. Je suis allé sur la jetée, j'ai regardé le beau trois-mâts qui s'en allait... Il est parti contre le soleil, il est allé aux Iles Sous le Vent... Et c'est ce jour-là que ça m'a pris.»
Marius











Fanny
Mais oui, je t'aime encore, grand imbécile ! Seulement, toi, tu es grand et tu as la barbe qui pique. Tandis que lui, il est petit... Il est si petit! D'ailleurs, c'est pour ça qu'il est fort. Ces petits-là, ça vous prend tout. Mais quand on est brave, Marius, on n'attend pas qu'ils vous le prennent on le leur donne.
Fanny












César
«Le pauvre Honoré est tout préparé bien au goût du Bon Dieu d'Elzéar. Et si, en arrivant au coin d'un nuage, il se trouve en face d'un Bon Dieu à qui on ne l'a jamais présenté ? Un Bon Dieu noir, ou jaune, ou rouge ? Ou un de ces Bons Dieux habillés en guignol, comme on en voit chez l'antiquaire, ou celui qui a le gros ventre ? Ou bien celui qui a autant de bras qu'une esquinade ? Le pauvre Panisse qu'est-ce qu'il va lui dire ? En quelle langue ? Avec quels gestes ? Tu te vois, toi, déjà fatigué par ta mort, et tout vertigineux de ton voyage, en train de t'expiquer avec un Dieu qui ne te comprend pas ? Et tu as beau lui faire des prières, il te dit : "Quoi ? Comment ? Qu'est-ce que vous dites ?" Et il te le dit en chinois ?»
Cesar