Une sombre querelle de préséance religieuse à Jérusalem avait poussé en 1854 le tsar de Russie, Nicolas II, à attaquer la Turquie, qui lui semblait un malade allant rendre son dernier soupir et dont il fallait recueillir la succession. Il envoya 70 000 soldats dans les provinces danubiennes et se heurta à une coalition franco-anglaise venue soutenir les Turcs : ce fut la guerre de Crimée, qui fournit le thème d’une vaste propagande et se solda par la prise de Sébastopol, suivie de la débâcle des armées du tsar.
Gustave Doré, dessinateur brillant et prolifique, y vit l’occasion de son premier grand livre, L’Histoire de la Sainte Russie. En quelques jours, il dessinait 500 compositions, plus amusantes les unes que les autres, accompagnées d’un texte caustique d’une verve incroyable. Son génie visionnaire et son humour s’y alliaient à une imagination débridée et à une virtuosité technique rarement atteinte.
L’un des artistes les plus féconds de son temps, Gustave Doré fut admiré par Van Gogh qui devait peindre plus tard sa Ronde des prisonniers d’après l’une des gravures londoniennes de l’artiste. Caricaturiste, dessinateur et peintre inspiré, Doré a laissé une œuvre d’illustration qui a rayonné sur plus d’un siècle. Publiée en 1854, l’Histoire de la Sainte Russie, aussi célèbre en son temps que les charges de Daumier et disparue depuis, est intégralement restituée, images et texte, dans cette première édition moderne.
La préface du grand penseur contemporain Jean-François Revel, Gustave Doré, profanateur et prophète, restitue avec brio la personnalité de l’artiste et l’originalité de son œuvre. Elle constitue en même temps une intéressante étude de l’attitude de l’Europe entière vis-à-vis de la Russie depuis l’époque de Gustave Doré jusqu’à celle d’Eltsine.
Histoire_de_la_sainte_russie