Une foule d'hommes et de femmes fortement individualisés, que nous reconnaissons tous, que nous côtoyons chaque jour, comme photographiés sur le vif, fléchissent dans le vent de la mort qui emporte une civilisation marquée du signe du non-sens, de l'absurde et du chaos.
Des portraits inoubliables se détachent de cette vaste fresque du XXe siècle finissant : François Le Groux, caractère énergique, intransigeant, qui s'humanise en s'enlisant dans le sentiment de l'échec moral ; l'admirable Kaïté ; Renaud Le Groux fuyant son inappétence à vivre et sa lucidité désespérée en se défaisant dans le Rien qu'incarne la noire et impénétrable figure de Boris...
Toute nuit cependant finit par accoucher du jour : Stéphane et Carlotta, enfants de la lumière, guettent l'aube qui donnera un sens à leur amour blessé.
Avec ce roman qui a l'épaisseur et le poids de nos angoisses, Michel del Castillo remplit sans tricher son rôle d'écrivain : dire notre monde en détresse, suggérer, en filigrane, notre informe et irréductible espérance, poser enfin les questions qui nous hantent.
Leventdelanuit