"Bien sûr, le spectateur hésite à se percevoir comme succube quand il est plongé dans l'obscurité d'une salle de cinéma et à admettre la trouble complémentarité du film et de celui qui le regarde jusqu'au bout. Quelque chose de difficile à avouer est lié à toute obscurité librement consentie, fût-ce celle d'un cinéma, et, pour cette raison même, les gens devraient aller au cinéma masqués. Puisque les acteurs se présentent visage nus, il revient au spectateur de reprendre, à leur profit, cet usage révolu et de conférer, ce faisant, une dimension nouvelle à l'acte de regarder et d'écouter. Les spectateurs masqués vivraient plus profondément et plus franchement ce que la présence de voisins de salle transforme en une cérémonie trop codifiée. Le masque, visage de pure convenance, aurait pour effet de libérer totalement le spectateur, le déchargeant des contraintes de son identité, lui épargnant de cacher sa joie ou de feindre son émotion et l'habituant à l'intensité grisante de ses propres vécus. L'idéal même, serait d'imaginer le lecteur d'un livre portant un masque dont il pourrait même se servir comme signet." Hubert Aquin
neigenoire